Manuel Valls : "Nucléaire : Trouver l’énergie du changement"

Centrales nucléairesNucléaire : trouver l’énergie du changement
– Le choix de la responsabilité – 

L’incroyable catastrophe de Fukushima a sonné le glas de nombreuses croyances autour du nucléaire et exige l’avènement d’un nouveau monde énergétique.
Alors que le drame de Tchernobyl pouvait être attribué à la fragilité d’une Union soviétique en pleine déliquescence, un accident de niveau sept dans un Japon maîtrisant parfaitement la technologie nucléaire a fait tomber définitivement les vieilles certitudes. Le XXIe siècle nous invite, aujourd’hui, à nous tourner vers d’autres énergies, renouvelables et plus respectueuses de l’environnement.

Jusqu’à il y a peu, la défense du nucléaire comme énergie à faible intensité de carbone – idée que j’ai moi-même défendue – pouvait être recevable face à l’urgence climatique. Cela était d’autant plus évident que la France a développé sa politique énergétique aux lendemains des chocs pétroliers afin d’assurer son indépendance énergétique et la maîtrise des coûts. Mais la donne, désormais, n’est plus la même. Chacun sait que le risque zéro n’existe pas et aucun responsable ne peut accepter l’idée de voir se reproduire un nouveau Fukushima.

Pourtant, il faut dire la vérité aux Français : dans un modèle énergétique comme le nôtre où plus de 75% de l’électricité est d’origine nucléaire, le changement de paradigme n’est pas sans conséquence et sans effort. Il prendra du temps.

Cela n’empêche pas certains d’expliquer dans la précipitation et dans un excès de confiance irresponsable qu’il s’agirait uniquement d’une simple question de volontarisme politique. C’est faux car, pour un changement d’une telle ampleur, il nous faudra le consentement des Français. Si nous décidons d’orienter la France vers une réduction significative de la part du nucléaire dans sa production énergétique, cela aura deux conséquences non négligeables à moyen terme. D’abord cela induira très certainement une augmentation des prix, les énergies renouvelables étant, à ce jour, plus chères à produire que le nucléaire. Ensuite, pendant la phase transitoire, à besoin énergétique constant voire croissant, la France ne pourra faire autrement que d’avoir recours, à court terme, à des énergies fossiles génératrices de carbone.

Puisqu’il n’y a pas de solution miracle, le devoir de vérité s’impose et la gauche doit faire œuvre de pédagogie. Une telle réorientation de notre modèle et de nos comportements énergétiques engagera chaque Français dans son quotidien pour les décennies à venir.

Voilà pourquoi je suis favorable à l’instauration d’un vaste débat sur la question, à l’occasion de l’élection présidentielle, débat national, qui devra être tranché démocratiquement par référendum au début du prochain quinquennat.
Dans ce processus je défendrai, sans rien cacher des efforts importants que cela induira, une sortie progressive et maîtrisée du nucléaire car c’est, à terme, l’assurance de ne plus connaître de nouvelle catastrophe, une réelle souveraineté énergétique et, aussi, de nouvelles perspectives de croissance et d’emplois.

Ce choix s’impose d’autant plus que, depuis le 30 mai dernier, l’Allemagne a annoncé sa sortie du nucléaire pour 2022. Dès lors, une nouvelle compétition est en marche où la France ne peut se permettre d’être à la traîne. La maîtrise des technologies de démantèlement sera un facteur clef de réussite dans une économie post nucléaire. Elle sera pourvoyeuse de dizaines de milliers d’emplois et assurera aux pays les plus avancés des marchés pour de nombreuses années. La sortie du nucléaire n’est donc pas qu’un coût, c’est aussi une formidable opportunité. C’est un défi qui peut et doit mobiliser la filière nucléaire industrielle française et lui dessiner un avenir différent.

Pour le prochain mandat présidentiel, il faut refuser toute approche démagogique de la question. La sortie définitive du nucléaire ne se fera pas en dix ans. Je propose néanmoins de fixer à la France un objectif ambitieux et réaliste : réduire la part du nucléaire dans la production électrique à 50% en 2022. 

Nous y parviendrons en fermant nos réacteurs les plus anciens. Seize réacteurs, aujourd’hui, ont plus de trente ans d’activité. Le site de Fessenheim qui a connu plusieurs dysfonctionnements sera le premier concerné. Nous poursuivrons le processus sur la base d’un calendrier tenant compte de l’âge des centrales, de la fréquence des incidents relevés et de l’évaluation des risques potentiels – risques sismiques, sécheresse, etc. Il faudra s’en tenir à une règle claire : la durée de vie maximale des centrales nucléaires devra être limitée à 35 ans. S’il faut achever la construction de l’EPR de Flamanville compte-tenu de l’avancement des travaux et de la nécessité d’assurer la transition énergétique, il faudra stopper tous les nouveaux projets. 

Dans un contexte budgétaire très tendu, nous devrons parvenir à dégager les moyens d’atteindre cette politique. L’État devra réorienter massivement l’effort public de recherche et de développement dans l’énergie en le focalisant sur le renouvelable. Cette énergie étant intermittente, la recherche sur les technologies de stockage est déterminante dans la compétition mondiale. La France devra être aux avant-postes de ces questionnements. Ensuite, il s’agira de réduire la consommation d’électricité grâce à des solutions efficaces dans le logement et l’industrie et en limitant les gaspillages et les pertes d’électricité par la modernisation du réseau de transport et de distribution.

Dans un monde incertain et mouvant, le statu quo serait le pire des risques. Certes, il faudra beaucoup d’énergie pour mener à bien ce changement, mais les Français le réclament et sont prêts à en débattre.

Par Manuel Valls
Député de l’Essonne
Candidat à la Primaire socialiste

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One comment

  1. pour moi, rien d’évident à la nécessité de sortir du nucléaire. le bilan humain de fukushima est déjà très lourd. Il me semble tout de même que les centaines de milliers de morts dénombrées le sont par le raz de marée et non par l’atome, ou marginalement, pour l’instant. Il y a des morts et des malades à venir, certainement, mais surement pas avec les mêmes chiffres.
    Quant à financer la recherche sur les énergies renouvelables, c’est un travail de longue haleine, plein d’incertitudes, et, plein d’embûches, économiques (voir la faillite de la filières photovoltaIque en allemagne) ou politiques (pas de moulin à vent dans mon jardin ); et, en attendant il faudrait être soumise au chantage des pays pétroliers ou gaziers: indépendance énergétique = indépendance tout court.
    profitons que l’allemagne abandonne ce chantier et renforçons notre avance dans le nucléaire !

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